L'histoire de l'Hôpital Sainte-Croix de Drummondville

C'est le 5 décembre 1910 que la communauté des Soeurs Grises de l'Hôtel-Dieu de Nicolet prend possession de l'Hôtel Corona, à l'angle des rues Lindsay et Cockburn. Cette bâtisse devient le premier établissement accueillant malades, orphelins et vieillards sans ressource.

À cette époque, la science est en pleine révolution et change le rapport que les êtres humains entretiennent avec la maladie. Alors que moins de trente ans auparavant, la médecine demeurait relativement impuissante et guérissait presque autant que la prière, avec les grandes découvertes de l'ère pasteurienne, la maladie cesse d'être une fatalité et devient un état sur lequel on peut intervenir rationnellement pour l'éradiquer. Dès lors, la médecine suscite les plus grands espoirs et devient un service auquel on veut absolument avoir accès pour recouvrer la santé.


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Propriété de M. Ephrem Archambault, l'hôtel Corona était situé à l'angle des rues Lindsay et Cockburn. Il a abrité l'Hôpital Sainte-Croix de 1910 à 1915.

L'Hôpital Sainte-Croix s'installe dans l'ancien couvent des Sœurs de la Présentation, à l'angle des rues Brock et Marchand

En 1915, les Sœurs Grises acceptent de transférer l'hôpital dans l'ancien couvent des Sœurs de la Présentation, lequel se situait à l'angle des rues Brock et Marchand. Mis à part l'établissement d'un orphelinat et d'un hospice pour personnes âgées dans cet édifice, les médecins ne disposent toujours pas de salle d'opération moderne et la plupart des activités relèvent davantage de l'assistance sociale que de la dispense de soins médicaux. Deux événements majeurs amènent les religieuses à prendre conscience de la nécessité d'inscrire l'Hôpital Sainte-Croix dans le courant de la modernité hospitalière. Le 20 août 1916, une explosion survient à l'usine de poudre à canon Aetna Chemical et plusieurs blessés sont transportés à l'hôpital. Faute d'équipements adéquats, la plupart des accidentés décèdent des suites de leurs blessures. Deux ans plus tard, la grippe espagnole frappe Drummondville de plein fouet, l'Hôpital n'étant pas encore en mesure de répondre aux besoins de la situation. Cet épisode marque le premier d'une série d'événements qui entretiendra cette quête continuelle des religieuses à obtenir de plus grands espaces pour soigner les malades. En 1926, on procédera à l'aménagement d'un hôpital distinct de l'orphelinat, toujours sur la rue Brock.

Sœurs fondatrices devant l'ancien couvent des Sœurs de la Présentation offert par la Commission scolaire de Drummondville en 1915.


En 1933, après la fermeture de l'orphelinat opéré par les religieuses depuis 1919, l'ancien couvent continue d'héberger des personnes âgées ainsi que quelques religieuses et employés de l'hôpital. Cependant, lors d'une nouvelle inspection du bâtiment, en 1938, on ordonne l'évacuation immédiate des lieux. Étant donné qu'il était impossible d'installer toutes ces personnes à l'hôpital, tous les scénarios sont envisagés par les religieuses. Dans l'objectif d'agrandir celui qui existe déjà, on entreprend des démarches pour obtenir gracieusement le terrain sur lequel se trouve l'ancien couvent. Devant l'impossibilité de trouver une solution en collaboration avec les divers intervenants qu'étaient la ville, la municipalité et le gouvernement, les religieuses procèdent unilatéralement en achetant le terrain situé sur la rue Brock, entre l'hôpital et la voie ferrée. C'est là qu'elles entreprennent, le 27 octobre 1942, la construction de la seconde annexe.





L'Hôpital Sainte-Croix en 1943





Dr Guy D'Argencourt et Sr Adèle Leblanc en salle d'opération, 1944

L'enseignement aux infirmières

« La profession d'infirmière est celle qui convient le mieux à la jeune fille, puisque ses activités sont basées sur les aptitudes et les tendances foncières de la femme : besoin du don de soi, du dévouement envers autrui. […] En même temps, les études spécialisées de l'infirmière constituent une culture appréciable et préparent au rôle qu'elle remplira plus tard, soit au foyer à titre d'épouse et de mère, soit dans la vie religieuse. » ASGM, Fonds Hôpital Sainte-Croix, L076/A, Documents historiques, publicité de l'école des infirmières parue dans la revue diocésaine Panorama, 13 février 1957.

Une infirmière au chevet d'un patient

À partir des années 40, avec l'ouverture de la seconde annexe de l'Hôpital Sainte-Croix, les religieuses gardes-malades commencent à se spécialiser en suivant les formations données par Sr Véronique Boutin. Avec les agrandissements qui se succèdent et l'augmentation du nombre de lits, le problème de main-d'œuvre devient de plus en plus criant. Comme le nombre de nouvelles recrues n'arrive pas à combler les besoins en nouveau personnel, c'est dans les années 30 que le projet de fonder une école d'infirmières commence à germer dans les esprits. Avec l'annonce de la construction de l'hôpital actuel, l'ouverture de l'école des infirmières se concrétise à l'automne 1948, en collaboration avec l'Institut Marguerite d'Youville de Montréal.

À cette époque, le programme de l'école s'échelonne sur trois ans et comprend les cours suivants : anatomie, physiologie, chimie, microbiologie, nutrition, hygiène, sociologie, psychologie, principes et pratiques de l'art du soin des malades en médecine, chirurgie, obstétrique, pédiatrie et maladies contagieuses. Dès la première année d'études complétée, les étudiantes commencent des stages à l'hôpital.





Visite de la Tour des Martyrs de Saint-Célestin par les étudiantes en soins infirmiers, 1951





Groupe d'étudiantes en soins infirmiers, 1948
En 1949, on installe quatre locaux de classe de l'école des infirmières au sixième étage et on loge une grande partie des étudiantes à la chaufferie, laquelle se situait juste à l'arrière de l'hôpital. À partir d'octobre 1966, à la suite de la construction du Pavillon des infirmières, on regroupe les locaux et les chambres d'étudiants de l'école dans ce nouvel espace spécialement aménagé à cette fin. L'ouverture des cégeps a sonné le glas de l'école des infirmières et la dernière cohorte a gradué en 1972.

Ubald Pellerin, Charles Levasseur et Gérald Tourigny, infirmiers

En 1945, les employés de la Celanese réussissent à obtenir un programme d'assurance collective pour eux et leur famille. Cette nouvelle préoccupe les religieuses qui anticipent avec raison une augmentation à plus ou moins brève échéance de la clientèle de l'Hôpital. Ainsi, les fondatrices de l'Hôpital Sainte-Croix remédient à nouveau à la situation quelques années plus tard, puisque le 18 octobre 1946, pour la somme de 31 875 $, elles acquièrent le terrain sur lequel se trouve aujourd'hui l'Hôpital Sainte-Croix. Les travaux de construction ont débuté le 24 mai 1947 et l'hôpital a été officiellement inauguré le 21 juillet 1949. Une fois achevé, l'ensemble du projet, qui portait la capacité d'accueil de l'établissement à 200 lits, a coûté plus de 1 500 000 $.


Pelletée de terre inaugurant la construction de
l'Hôpital Sainte-Croix actuel, le 24 avril 1947





Travaux de construction de l'Hôpital actuel, 1948

Membres du conseil d'administration de l'Hôpital Sainte-Croix en 1973


Le 14 avril 1960, le gouvernement du Québec constitue l'Hôpital Sainte-Croix en corporation et un conseil d'administration officiel est formé en 1964.


Hôpital Sainte-Croix et Hôpital Michaud : à ne pas confondre

Fondé en 1930, le bureau médical de l'Hôpital Sainte-Croix refuse au Dr Michaud le privilège de procéder à des chirurgies majeures. À la suite à ce refus, celui-ci démissionne, puis ouvre en 1933, un second hôpital à Drummondville.

D'abord situé au bas de la ville, sur la rue Brock, l'Hôpital Michaud est déménagé au 12, rue Bérard, dans l'ancienne résidence de M. Gérard Laferté. En 1943, sa capacité atteint les 34 lits. Au cours des années 50, lors des réunions du bureau médical de l'Hôpital Sainte-Croix, certains médecins critiquent à mots couverts leurs confrères, qui s'abaissaient à pratiquer à cet hôpital dans lequel, au dire de ses détracteurs, la rigueur scientifique n'était pas toujours de mise. Cependant, la majorité du personnel de l'Hôpital Michaud pratique également à l'Hôpital Sainte-Croix. En 1963, en conformité avec la loi sur les hôpitaux, les noms des administrateurs ont été rendus publics et parmi ceux-là figuraient les noms de médecins qui pratiquaient également à l'Hôpital Sainte-Croix, c'est-à-dire les Drs Rodrigue Dugré, Jean-Marc Morin et Bertrand Vincent.

Le Dr Michaud était un personnage assez excentrique. Par exemple, en 1950, il a fait bâtir un abri antinucléaire dans le sous-sol de son hôpital. En 1954, il a été élu maire de Drummondville et parmi ses projets se trouvait l'installation de trottoirs chauffants qui s'autodéblayaient en hiver. Le 17 février 1963, il est décédé en même temps que son fils de douze ans, à la suite d'un accident d'avion survenu dans la région de North Bay, en Ontario. L'Hôpital Michaud fermait ses portes quelques années après la mort de son propriétaire.





Annette Fontaine au laboratoire de la pouponnière, devant le stérilisateur de biberons en pyrex en 1959. Elle a été infirmière-chef de ce département de 1961 à 1996.




Dr Gaston Rodrigue, Axel Paquette, Fernand Picard et Claudette Labonté, 1970

Crédits photographiques :
Archives des Sœurs grises de Montréal
Archives de la Société d'histoire de Drummond
Archives de Gisèle A. Blanchette

<[1] > Histoire de l'Hôpital Sainte-Croix, 2e partie />